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Rendement réel vs affiché : ce que vous touchez vraiment

« 10 % par an » : c'est l'argument d'affiche du crowdfunding immobilier. Mais entre le taux contractuel d'un projet et ce qui atterrit réellement sur votre compte après retards, défauts, prorogations et impôts, l'écart se compte en points entiers. Ce guide démonte le calcul, pas à pas.

Par Pierre-Marie Savoyant · Crowdfunding Pulse

Le taux affiché : une promesse contractuelle, pas un rendement

Le taux mis en avant sur une fiche projet — disons 10 % annuels — est le taux contractuel de l'obligation : ce que l'émetteur s'engage à payer si tout se passe comme prévu. C'est un plafond, pas une espérance. Il ne dit rien de trois réalités qui font le rendement final : la probabilité de défaut du projet, la durée réelle d'immobilisation de votre argent, et la fiscalité.

Première conséquence pratique : comparer deux plateformes sur leurs taux affichés (« 10,5 % ici contre 9,8 % là ») n'a aucun sens si l'une affiche 5 % de défaut et l'autre 35 %. Le taux affiché rémunère un risque — plus il est haut, plus le risque accepté est grand. Les taux moyens par plateforme sont d'ailleurs visibles dans notre comparateur, à côté des taux de défaut : c'est le couple qui compte, jamais l'un sans l'autre.

Ce qui sépare l'affiché du réel : les quatre frottements

Quatre mécanismes rognent le rendement contractuel :

  • Les retards et prorogations. Votre capital reste immobilisé plus longtemps que prévu. Si les intérêts de la période de prorogation sont payés (souvent avec majoration), le manque à gagner est limité ; s'ils sont capitalisés ou contestés, votre rendement annualisé chute mécaniquement.
  • Les défauts. Une partie du portefeuille cesse de payer. Même si le capital est finalement récupéré des années plus tard, les intérêts perdus et l'immobilisation prolongée pèsent lourd dans le calcul annualisé.
  • Les pertes définitives. Le pire cas : capital partiellement ou totalement perdu. Une seule perte totale sur un portefeuille de dix lignes efface environ un an de rendement de tout le portefeuille.
  • La fiscalité. La flat tax de 30 % s'applique sur les intérêts perçus : 10 % bruts deviennent 7 % nets d'impôts, avant même de compter les frottements ci-dessus. Le détail (acompte, option barème, imputation des pertes) est dans notre guide fiscalité.

Le TRI : la seule mesure honnête

Pour agréger tout cela, la bonne mesure est le TRI (taux de rendement interne) : le taux annualisé qui égalise vos flux réels — dates et montants effectivement investis, dates et montants effectivement reçus. Le TRI capture d'un coup les retards (flux reçus plus tard), les défauts (flux réduits ou nuls) et les prorogations (immobilisation allongée).

C'est aussi l'indicateur que la nomenclature FPF demande aux plateformes de publier (« TRI net » — net des pertes constatées et avérées, mais brut de fiscalité). Deux subtilités de lecture : le TRI publié est calculé sur les projets soldés, donc il reflète le passé — un portefeuille dont beaucoup de projets sont encore en défaut non résolu verra son TRI publié se dégrader à mesure que les dossiers se soldent ; et il ne tient pas compte de votre cash drag personnel (l'argent qui attend entre deux projets et ne rapporte rien).

Exemple chiffré : de 10 % affichés à 5-7 % réels

Prenons un portefeuille générique de 10 000 € répartis sur 10 projets à 10 % affichés, durée théorique 24 mois, dans un marché ressemblant à celui d'aujourd'hui. Hypothèses volontairement schématiques (aucune plateforme réelle derrière ces chiffres) :

  • 7 projets se déroulent bien : capital + 10 %/an payés à l'heure ;
  • 2 projets sont en retard/prorogés : remboursés avec 12 mois de retard, intérêts partiellement payés — leur rendement annualisé tombe autour de 5-7 % ;
  • 1 projet finit en perte partielle : 50 % du capital récupéré après procédure, intérêts perdus.

Résultat approximatif : le rendement brut annualisé du portefeuille tombe de 10 % à environ 7-8 % (les retards diluent, la perte ampute). Après flat tax de 30 % sur les intérêts effectivement perçus, le rendement net ressort autour de 5 à 6,5 % — et un point de moins si votre trésorerie attend en moyenne quelques mois entre deux investissements. Avec des hypothèses plus sévères (deux pertes, recouvrements plus faibles), on passe sous les 5 % ; avec un portefeuille sans perte, on approche les 7 %.

Ce n'est pas un verdict contre le crowdfunding — 5 à 7 % nets restent honorables — mais c'est la vraie base de comparaison avec d'autres placements, pas le « 10 % » de l'affiche.

L'effet prorogation : le tueur silencieux de TRI

La prorogation mérite un zoom, car c'est le mécanisme le plus fréquent et le plus sous-estimé. Un projet à 10 % sur 18 mois prorogé à 30 mois ne vous « vole » rien en apparence — le taux court toujours. Mais :

  • votre capital est immobilisé 12 mois de plus, sans que vous ayez pu accepter ou refuser ;
  • si les intérêts de prorogation sont capitalisés (payés in fine), votre TRI baisse par rapport à des intérêts versés au fil de l'eau — et le risque de tout perdre en cas d'échec final augmente, intérêts compris ;
  • une prorogation est souvent le symptôme d'une commercialisation en difficulté : la probabilité de défaut du projet prorogé est plus élevée que celle d'un projet dans les temps.

À l'échelle d'une plateforme, un taux de retard qui gonfle annonce souvent la dégradation du taux de défaut six à douze mois plus tard — c'est exactement ce que la colonne « tendance 6 mois » de notre comparateur aide à repérer, et ce que le baromètre des taux de défaut documente au niveau du secteur.

Les millésimes : l'année d'investissement fait le rendement

Dernière pièce du puzzle : le millésime. Comme pour le vin ou le private equity, l'année de souscription détermine une grande partie du résultat. Les projets financés en 2021-2022 — prix au sommet, taux d'acceptation élevés, hypothèses de vente optimistes — concentrent l'essentiel des défauts actuels. Les projets montés après le repricing (opérations achetées moins cher, hypothèses durcies, sélection resserrée) partent structurellement mieux armés.

Conséquences pratiques : jugez une plateforme sur ses performances par millésime quand elles sont disponibles (certaines fiches du site présentent l'écart annoncé vs réalisé par année) plutôt que sur un chiffre global qui mélange tout ; et étalez vos propres souscriptions dans le temps pour ne jamais concentrer votre épargne sur un seul millésime — personne ne sait à l'avance lesquels seront bons. Les fiches de plateformes comme Raizers, Homunity ou Bricks montrent ces historiques quand les données existent.

Estimer votre rendement réel : la méthode en 4 étapes

Pour passer de la théorie à votre cas :

  • 1. Partez du taux moyen affiché de votre portefeuille (pondéré par les montants).
  • 2. Appliquez une décote de risque fondée sur les indicateurs réels de vos plateformes : taux de défaut et de perte actuels (voir le palmarès et les fiches), sévérité de perte prudente sur la part en défaut.
  • 3. Ajoutez le frottement de liquidité : quelques mois de cash drag et l'allongement moyen des durées (prorogations) coûtent typiquement 0,5 à 1,5 point annualisé.
  • 4. Retirez la fiscalité : ×0,70 sur les intérêts pour la flat tax (ou votre taux réel si option barème / imputation de pertes).

Un raccourci sectoriel raisonnable dans le marché actuel : un portefeuille diversifié construit sur des plateformes correctement notées vise un TRI net de l'ordre de 5 à 7 % — davantage si les millésimes récents tiennent leurs promesses, moins si vos plateformes figurent en bas du classement. La méthodologie complète de nos indicateurs est documentée ici.

Questions fréquentes

Pourquoi mon rendement réel est-il inférieur au taux affiché ?

Parce que le taux affiché est un taux contractuel, conditionné au bon déroulement du projet. Les retards et prorogations allongent l'immobilisation de votre capital, les défauts suspendent les paiements, les pertes amputent le capital, et la flat tax retire 30 % des intérêts perçus. Sur un portefeuille diversifié affichant 10 %, le rendement net réel se situe souvent entre 5 et 7 % selon les hypothèses.

Qu'est-ce que le TRI net publié par les plateformes ?

C'est le taux de rendement interne calculé sur les projets soldés, net des pertes constatées mais brut de fiscalité (nomenclature FPF). Il reflète la performance passée réelle — contrairement au taux moyen affiché — mais il évolue à mesure que les dossiers en défaut se dénouent, et il ne tient pas compte de votre trésorerie qui dort entre deux projets.

Une prorogation fait-elle forcément baisser mon rendement ?

Pas toujours en taux facial — les intérêts continuent généralement de courir, parfois majorés — mais souvent en TRI : capital immobilisé plus longtemps, intérêts fréquemment capitalisés plutôt que versés, et risque de défaut accru. Une prorogation est un signal à surveiller, pas un non-événement.

Quel rendement net peut-on viser en crowdfunding immobilier ?

Avec un portefeuille diversifié (10-20 projets, plusieurs plateformes bien classées) et dans les conditions de marché actuelles, un TRI net de l'ordre de 5 à 7 % après fiscalité est une attente réaliste — sensiblement moins si vos plateformes affichent des taux de défaut élevés. Les chiffres à jour par plateforme sont sur notre comparateur et notre palmarès.

Voir les données à jour : comparateur des plateformes · palmarès · méthodologie. Ceci n'est pas un conseil en investissement — document d'information, ni conseil ni offre. Le crowdfunding immobilier comporte un risque de perte en capital et d'illiquidité.